La permanence de Droits devant

Ce n’est qu’en septembre 2011, presque deux ans après notre premier tournage, que nous avons fait par un heureux hasard la rencontre de Denise devant le tribunal administratif de Montreuil. Ce jour là étaient jugés des travailleurs et travailleuses sans-papiers ayant participé à la grève et qui étaient suivis par l’association. Invitées par Denise, nous nous sommes donc rendues dans les locaux de l’association afin d’y filmer l’accueil des personnes sans-papiers par les bénévoles (note : Droits devant a depuis déménagé au 47 rue de Dantzig – 75015).

Un lieu d’écoute

Les locaux, sommaires, voient défiler chaque semaine des dizaines de nouvelles personnes venues trouver secours et briser leur isolement. Dans la sécurité du huis clos associatif, les bénévoles, certains sans-papiers eux-mêmes, reprennent avec les migrants le fil de leur parcours,  afin de préparer un dossier qui leur permettra, peut-être, d’obtenir enfin un titre de séjour en préfecture.

Tous les sans-papiers croisés à Droits devant ne voulaient pas être filmés. Cependant, quelques femmes ont accepté la présence de notre caméra lors de leur premier entretien . Parmi elles se trouvait Bernadette, une femme ivoirienne d’une soixantaine d’année travaillant pour des particuliers dans des conditions très difficiles en région parisienne, dont on retrouve le témoignage dans notre film :

« la lutte c’est la lutte »

Depuis presque vingt ans, l’association Droits Devant agit ainsi contre la précarité et l’exclusion. Engagée aux côtés des mal logés tout d’abord, elle s’est très vite rangée aux côtés de ceux qui se sont eux-mêmes baptisés les sans-papiers. Les combats ont été nombreux, l’un succédant à l’autre, sans répit possible. « La lutte, c’est la lutte », résume Denise. En vingt ans de militantisme à Droits Devant, elle a tout connu : la bagarre contre les lois répressives, les premières occupations d’églises brandies comme des étendards d’un combat naissant, la violence systématique de l’État en réponse…

Depuis sa création, Droits Devant a été à sa façon un laboratoire des luttes sociales. Car pour faire avancer la cause des sans-papiers, il a fallu se réinventer, occuper la rue, frapper les esprits. Aussi chaque lundi, la voix vibrante, Denise et sa camarade Lucienne racontent inlassablement aux nouveaux arrivants la même histoire, celle d’une lutte d’un genre nouveau, ancrée dans le mouvement social : la grève des travailleurs sans-papiers.